Visite du village

Photo de l'église de Roumoules en 1924
Photo de l'église de Roumoules aujourd'hui

L’église en 1924 (Photo des archives départementales des Alpes de Haute Provence) et aujourd'hui.

L’église de Roumoules appartenait au XVIII° siècle à la famille Grimaldi. La famille Clérissy de Moustiers qui s’était fait un nom dans la fabrication de la faïence, en fit l’acquisition le siècle suivant.

Sa nef à deux travées est accostée de bas-côtés; nef et bas-côtés sont plafonnés. Le bas-côté nord débouche sur une chapelle d’architecture gothique, voûtée sous croisée d’ogives, qui date du XVIe siècle. L’abside est voûtée sous croisée d’ogives et ornée de peintures du XIXe siècle. À part la chapelle gothique, l’église, qui a dû être voûtée en plein cintre, date du XVIIe siècle.

Dédiée à Saint Pierre aux Liens, on pense qu’elle était à l’origine, la chapelle d’un couvent, ancien prieuré, dépendant de l’Abbaye de Lérins. Elle fut agrandie par la suite après la destruction de l’église paroissiale au XVIIème siècle.

Cette belle Fontaine ornementale trône au bout de la Place de la République. Il en existe très peu dans les petits villages. Sa construction, ainsi que le lavoir arrière, a été décidée lors de la séance du Conseil Municipal de Roumoules du 13 Mai 1894, Monsieur Antoine Joseph AYMES était Maire de la commune.

Photo de la fontaine de la République vue de côté, avant restauration
Photo de la fontaine de la République vue de côté, après restauration

L’idée de départ était de récupérer les sur verses des Fontaines de Cayoni et celle de Saint Blaise pour alimenter une fontaine et un lavoir publics, situés au milieu du village. Quatre autres fontaines / lavoirs existaient déjà sur la commune : celle de Cayoni, les deux de la Rue Grande et la plus ancienne en face du Café Bérard, Rue de Villeneuve.

Roumoules fait partie des 413 villes ou villages possédant un ou plusieurs monuments de place publique à l’effigie de Marianne. Il s’agit d’une fontaine-mur surmontée d’un buste de Marianne. Inaugurée en 1895, alimentée à l’origine à partir de sources par une conduite gallo-romaine en pierre qui desservait l’ancien château puis par une conduite en poterie, elle est maintenant raccordée au réseau municipal.

Extrait du livre sur les fontaines de Haute Provence de Louis Plantier aux éditions Edisud : « Les fontaines-murs »

« Celle de Roumoules est sans doute la plus représentative. Le mur de distribution est un véritable mur, de 6 m de long et 2,75 m de hauteur, en pierres taillées, terminé par une corniche et encadré par deux pilastres. L’eau coule par deux canons situés dans la partie centrale, à une grande hauteur, puisqu’ils sont à 1,10 m au dessus du niveau de l’eau dans l’abreuvoir, ce qui est rare. Cette fontaine a été construite en 1895, dans la partie nouvelle du village, terminant avec bonheur une allée bordée de platanes, qui constituait alors une promenade, tout à fait dans l’esprit des perspectives conçues au XIX° siècle dans de nombreuses villes. La volonté de contribuer à l’embellissement de la commune est ici évidente et entre dans le cadre d’un plan d’urbanisme, donnant ainsi à la fontaine une nouvelle signification, sans négliger pour autant son aspect utilitaire. Bien que sa conception relève d’une notion plutôt urbaine de la fontaine, elle reste intégrée à l’économie de l’eau : la surverse de l’abreuvoir emplit en effet le lavoir avant d’être utilisée pour l’irrigation des jardins situés à l’arrière. Cette forme particulière de fontaine permet de rendre le lavoir très discret, puisqu’il est totalement caché. Celui-ci, formé de trois bassins, est orienté vers le sud-est, bien à l’abri derrière le mur de la fontaine, contre lequel il s’appuie, protégé par un petit toit de tôles ondulées. Les pierres de lavage en calcaire blond veiné, sont à 80 cm du sol pour un lavage debout. Tout autour, un dallage en pierres taillées de grandes dimensions rend les abords très secs. »

Photo de la fontaine de la République vue de face, avant restauration
Photo de la fontaine de la République vue de face, après restauration

À côté de cet argument fonctionnel, l’équipe municipale souhaitait aussi terminer la Place Publique, plantée de platanes, récemment aménagée. En cette fin du XIXème siècle où la République s’imposait dans les campagnes, les aménagements de places, appelées très souvent en Provence « Cours » (pensez au Cours Mirabeau à Aix) ou « Promenades » étaient très à la mode. Ces projets étaient souvent étoffés par la construction d’un monument public, une fontaine par exemple. Les plans, devis, bordereaux de prix ont été établis par M. BŒUF, Agent Voyer des Ponts et Chaussées du secteur cantonal de Moustiers-Sainte-Marie/ Riez, architecte du projet. Les matériaux étaient aussi précisés : pierre de taille de la carrière de Baudinard (Var) ; chaux des carrières de Sigonce, sable du Verdon. Le coût estimé du projet s’élevait à 2 000 francs de l’époque et accepté par une délibération du Conseil Municipal en date du 16 Septembre 1894. Le crédit pour financer cette réalisation a été pris sur la vente de coupes de bois extraordinaires dans la forêt communale des Saintes Maries. Pour l’adjudication, fixée pour le dimanche 21 octobre 1894, 2 maçons avaient soumissionné : M. Auguste COULOMB, maçon à Roumoules et M. Philippe MOUSSU, tailleur de pierres à Riez. M. MOUSSU fut retenu pour un prix de 1454 francs avec un rabais de 12%  (M. Coulomb avait fait une offre à 1 498 francs avec un rabais de 10%).

Les travaux de construction durèrent 7 mois en 1895. Par délibération du 25 Août 1895, le Conseil municipal de Roumoules a décidé de voter une somme de 350 francs pour l’achat d’un buste en bronze de la République et 2 vases d’ornement. Auparavant le Conseil Municipal voulait orner cette fontaine en construction du buste de Sadi Carnot, Président de la République assassiné quelques mois auparavant à Lyon, mais il n’existait que des bustes en plâtre de l’illustre homme.

Photo des santons centenaires
Photo des santons centenaires
Photo des santons centenaires

Roumoules possède la quatrième plus grande crèche du département après celle de Dauphin, Mane et Manosque selon un classement effectué par les Archives Départementales en 1984. «Leï santoun » en porcelaine mesurent entre 40 et 75 cm de haut et sont habillés en costume régional. Les diverses hauteurs ainsi que certaines modifications ou substitutions indiquent que cette grande crèche s’est enrichie progressivement tout en perdant certains personnages trop abîmés depuis son acquisition, qui doit être parmi les plus anciennes avant 1850. En 1906, il y avait 44 personnages ou animaux. Parmi les pièces remarquables, la Vierge avec une tenue très riche, un St Joseph imberbe, un beau tambourinaire barbu et surtout un magnifique groupe de l’Epiphanie avec Rois mages, pages et chameaux aux yeux bleus.

Chaque année, à la période de Noël, elle est exposée dans l’église. Se renseigner auprès de la mairie pour la date des permanences.

Photo de la croix de la Place du 19 mars 1962

Cette croix fut érigée en 1874 sur la  place qui s’appelait à l’époque les aires de Villeneuve (les aires où l’on battait le blé). Le monument aux morts n’existait pas encore (il sera construit au début des années 1920) ; elle était le seul monument construit à cet endroit dans la perspective de l’église et à côté du chemin communal de Béard conduisant aux lieux dits Saint Martin et les Saintes Maries.

On peut penser qu’elle constituait le point de départ des processions pour bénir les récoltes ou faire pleuvoir… Son année de construction n’est peut-être pas anodine. De nombreuses croix furent érigées dans la plupart des villages en France durant cette période. Elles traduisaient la volonté de l’Eglise associée à ce gouvernement d’Ordre Moral de rechristianiser les campagnes… Quoi qu’il en soit, la croix demeurat et elle fût déplacée de son emplacement d’origine dans les années 1980 (elle fut bousculée et mise à terre plusieurs fois…) pour permettre aux engins lourds (les cars) de mieux manœuvrer sur cette place.

« Un enfant de Roumoulo : l’abat Léon Spariat »

Eici à Roumoulo, neisse en 1861 
Léon Spariat, Capelan felibre(1)

Photo du portrait de Léon Spariat

Peut-être avez-vous remarqué, à l’entrée de l’église du village, une plaque portant ces inscriptions en provençal. Elle fut placée en août 1961, sur l’initiative du félibre majoral Raoul Arnaud, de Manosque, pour fêter le 100ème anniversaire de la naissance de Léon Spariat. Un prêtre félibre, né à Roumoules, qui l’eut crû !

Et pourtant, Léon Spariat est né le 18 août 1861 dans notre village, rue du Coulet, dans la maison qui appartenait, à cette époque à un dénommé François Aubert. Son père, Joseph, était menuisier, sa mère Marie Amélie Morenon était une fille du village. Fréule e magagnous (2), orphelin de mère très tôt, le petit Léon fut élevé par sa grand-mère avant de rejoindre son père, devenu menuisier à l’Arsenal de Toulon.

Photo de la plaque de naissance de Léon Spariat
Acte de naissance de Léon Spariat

Désormais, le Var deviendra son pays d’adoption. En 1876, il prend ses premières leçons de latin, l’année suivante, à 15 ans, il entre au Petit Séminaire de Grasse et c’est là qu’il est conquis au Félibrige et à la beauté de la littérature provençale. Après Dieu, ce sera sa deuxième passion. En 1880, Léon Spariat poursuit ses études au grand séminaire de Fréjus et il rencontre Joseph Roumanille, un des pères fondateurs du Félibrige. Ordonné prêtre en 1885, il sera successivement curé du Bourguet, Rouvières, Aups, Pourcieux, Plan de la Tour, Saint-Mandrier et Pierrefeu. Dans toutes ces paroisses, l’abat mau foutu (3) comme il avait plaisir à se qualifier, a laissé le souvenir d’un homme de grand cœur, modeste, le verbe haut.

Très tôt, il commence à prêcher en provençal. Il écrit des poèmes et son « Saint Eloi de Broussinet » lui vaut son élection au majoralat en 1898. Il rencontrera Frédéric mistral. Il fut un des meilleurs créateurs de langue d’oc, ses sermons vivants et énergiques sont suivis par la foule. Pendant la guerre de 1914-1918, aumônier de l’hôpital maritime de Toulon, il se dépensera sans compter auprès des malades et des blessés. Curé de Pierrefeu après la guerre, il démissionna en 1934 pour entrer, pratiquement paralysé, à l’hôpital St Joseph de Marseille où il mourut le 25 avril 1936. Il repose depuis dans le petit cimetière du Pont du Las à Toulon.

L’abbé Spariat est revenu quelquefois dans son village natal rencontrant des amis, leur écrivant aussi. Sa mémoire est restée vivace chez les anciens, elle doit être perpétuée comme sa devise d’ailleurs «  Quand as dre, resto dre » (Quand tu es dans ton droit, ne t’abaisse pas).

  • (1) « Ici, à Roumoules est né Léon Spariat, curé félibre »
  • (2) « Frêle et chétif »
  • (3) « L’abbé mal foutu »

Source: Mémoire de Maîtrise. Henri Castel. Hyères.
Bulletin d’information n°81 les Amis du Vieux Riez. L’Abbé félibre Léon Spariat de Paul Nongrès